Saturday, June 4, 2011

Les ombres

Ainsi, après avoir reposé sur un lit, à Long Beach, Californie, et vu ce que j'avais vu, je me levai très dispos, et pris le chemin du retour, avec maintenant le soleil dans les yeux. Il projetait dans ma direction les ombres des bungalows blancs ou roses ou en stuc bleu pâle (de style espagnol, mauresque ou coquettement américain), les ombres de postes d'essence ressemblant à la maison en pain d'épice d'un conte de fées, ou au cottage d'Anne Hathaway, ou bien encore à un igloo ; les ombres aussi de palais rayonnants sur les collines parmi l'arrogante dentelle des eucalyptus ; les ombres de montagnes aux croupes léonines, et l'ombre d'un homme marchant en sens inverse au loin, sur une route blanche qui étincelait comme du quartz. Le soleil me lançait à la face l'ombre pourpre de l'univers entier, et je poursuivais ma route à grande vitesse, car, si vous êtes réellement allés à Long Beach, Californie, et si vous avez rencontré votre rêve sur un lit d'hôtel, alors rien ne saurait vous empêcher de revenir, armé d'une assurance toute fraîche, aux lieux dont vous êtes partis, parce que maintenant vous savez, et connaissance signifie puissance.
Vous pouvez appuyer à fond sur l'accélérateur et laisser vos mystérieux soixante chevaux geindre comme des lévriers tirant sur leur laisse.

Robert Penn Warren, Les Fous du roi, p. 507

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